L'EQUIPE

« Tout pour un titre »

Friday, 26th January 2004

ALAN SHEARER, en tête du classement des buteurs, rêve de remporter une compétition avant de s’arrêter.

            Malgré 261 buts dans l’élite anglaise, Alan Shearer n’a remporté qu’un seul titre majeur (champion en 1995 avec Blackburn). A trente-trois ans, il n’a rien perdu de son efficacité et il pointe en tête du classement des buteurs anglais (16 buts en 20 matchs), qu’il a déjà remporté à trois reprises. A un et demi d’une retraite quasi certaine, le buteur de Newcastle n’a jamais semblé aussi serein. A tel point, que Sven-Göran Eriksson a tenté de le faire revenir en sélection. Grand patriote, Shearer a pourtant refusé pour se consacrer pleinement à Newcastle, le club de sa vie, avec lequel il ne désespère pas de remporter une deuxième compétition.

NEWCASTLE – de notre envoyé spécial.

« Newcastle pointe à 20 points de Manchester United. Que pouvez-vous encore espérer cette saison ?
- Nous n’allons pas gagner la Premier League cette année, c’est clair. Cette saison, on a des bons et des mauvais moments. La seule explication, c’est que Manchester, Arsenal et Chelsea se sont montrés bien meilleurs que tout le monde. Point. A nous de combler ce retard cette année ou l’année prochaine. Ce serait génial d’atteindre leur niveau car nous n’avons pas la même puissance financière que ces clubs, en particulier Chelsea.

- Lorsque vous avez rejoint Newcastle en 1996, vous avez failli signer pour Manchester United. Etait-ce le choix du cœur ?

- Il ne s’agissait pas que de cela. Newcastle venait de terminer second du championnat. C’est vrai que l’opportunité de jouer pour Manchester s’est présentée mais j’ai toujours rêvé de jouer à Newcastle, la ville où je suis né et de porter le numéro 9 de l’équipe que j’ai toujours supportée. Je ne l’ai jamais regretté. J’ai toujours été heureux de ma carrière.

 

- Est-il plus difficile de gagner le titre avec Newcastle ?

- Ce serait génial. En étant réaliste, nous avons plus de chances de remporter une Coupe comme la FA Cup ou la coupe de l’UEFA où nous sommes encore engagés.

 

- Vous êtes actuellement meilleur buteur du championnat devant Ruud Van Nistelrooy et Thierry Henry qui sont pratiquement de dix ans vos cadets. Comment le vivez-vous ?

- Le plus important, c’est d’être en tête à la fin de la saison, pas aujourd’hui. Tous les deux sont meilleurs footballeurs que moi, surtout Thierry Henry. Le jeu ne concerne pas toujours le beau football. Tu dois parfois montrer d’autres qualités. Mais j’ai beaucoup de respect pour ces deux joueurs.

 

- Thierry Henry est-il le Français d’Angleterre qui vous impressionne le plus ?

- Sans aucun doute. Il est fantastique. Il sait être à la fois buteur et créateur. Il n’y en a pas beaucoup comme lui.

 

- Depuis le début de votre carrière en 1987, vous avez inscrit 378 buts en 667 rencontres, toutes compétitions confondues. Comment expliquez-vous votre constance au plus haut niveau ?
- Je suppose qu’une telle longévité est due au fait d’avoir beaucoup travaillé. J’ai également trois sérieuses blessures (deux fois au genou, une fois à la cheville) qui auraient pu arrêter ma carrière. Je pense donc qu’il y a aussi une part de détermination.

 

- Un mot sur Laurent Robert et Olivier Bernard, les deux français de Newcastle.

- Il s’agit de deux très bons joueurs. Laurent marque des buts importants et se montre beaucoup plus constant cette saison. Dans un registre défensif, Olivier est meilleur chaque jour. Il réalise également une très bonne saison.

 

- Quel a été le rôle de votre entraîneur, Bobby Robson, dans le retour au premier plan de Newcastle ?

- Son action la plus importante a été de nous redonner l’esprit d’équipe. Il a usé de son expérience pour remettre tout le monde d’aplomb. Désormais, on joue comme une équipe et non plus chacun pour soit. Même si nous connaissons encore des hauts et des bas, on continue à progresser.

 

- Robson vous avait proposé de venir à Barcelone. N’avez-vous jamais été tenté par une expérience à l’étranger ?

- Je n’ai jamais ressenti le besoin en tant que footballeur d’évoluer à l’étranger. J’aime le jeu anglais. On n’a peut-être pas le meilleur championnat sur le plan technique mais pour l’excitation, les buts, les stades et les supporters, nous avons le meilleur football au monde.

 

- Il vous reste une année de contrat. Pensez-vous toujours qu’il s’agira de la dernière ?

- A 99%, oui. Si je me trouve dans la même position qu’aujourd’hui, en tête du classement des buteurs et en pleine possession de mes moyens, il y aura peut-être un doute. Mais je suis pratiquement sûr d’arrêter. J’ai toujours dit que je voulais arrêter au top. Je n’ai pas changé d’avis.

 

- Est-il vrai que vous commencez à entraîner les jeunes de Newcastle ?

- Non, en fait, je commence à passer mes diplômes d’entraîneur. Peut-être serais-ce un jour manager. Où et quand, je ne sais pas. Je me vois bien continuer dans le football, qui est partie intégrante de mon existence.

 

- Durant l’Euro 2004, l’Angleterre va rencontrer la France. C’est un souvenir spécial pour vous ?

- Oui car j’ai effectué mes débuts pour l’Angleterre face à la France, en février 1992 (2-0). Je me souviens avoir marqué en première mi-temps. Donc, oui, c’est un bon souvenir. Cet été, je pense que l’Angleterre et la France ont une chance de se retrouver en finale, si c’est possible.

 

- Vous avez décliné l’offre de Sven-Göran Erikson de revenir en sélection. Pourquoi ?

- J’ai décidé d’arrêter à cause des blessures que j’ai connues. Je ne pouvais pas continuer de jouer à la fois pour Newcastle et l’équipe nationale. Mes performances actuelles prouvent que j’ai eu raison. Je suis heureux ainsi et je ne regrette pas ma décision. Si Michael Owen est en pleine possession de ses moyens, on a une grande chance de gagner l’Euro. Mais la France sera encore favorite en 2004 et c’est logique.

 

- Que pensez-vous du Ballon d’Or attribué à Pavel Nedved ?

- Pour avoir joué contre la Juventus la saison passée (0-2, 1-0), je peux le comprendre. Nedved avait été brillant lors des deux matches. Mais j’étais surpris que ce ne soit pas Thierry Henry. J’aurais voté pour lui.

 

- Vous-même, vous avez reçu en fin de saison dernière le titre de joueur de la décennie en Angleterre. Est-ce celui dont vous êtes le plus fier ?

- Non. Je suis fier d’avoir été capitaine de l’Angleterre, d’avoir remporté le championnat avec Blackburn. Durant ma carrière j’ai reçu beaucoup de trophées individuels. Mais je les troquerai volontiers tous contre un nouveau titre. N’importe lequel. »

 

JEROME LE FAUCONNIER

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Alan SHEARER

(Newcastle)

33 ans, né le 13 août 1970, à Newcastle.

1,83 m, 76 kg.

Palmarès : Championnat d’Angleterre en 1995.

Clubs : Southampton (1987-1992) ; Blackburn (1992-1996) ; Newcastle (depuis 1996).

476 matches en Premier League, 261 buts.

54 sélections, 28 buts.